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Archive mensuelle de décembre 2013

samedi 7 décembre : Le Vieil homme et l’enfant / Claude Berri

« Mon cher Maréchal,
En ce beau jour de la Fête de Jeanne d’Arc je prends la plume pour te dire, etc.
Mon cher Maréchal,
C’est aujourd’hui la Saint-Philippe et je t’envoie…
Mon cher Maréchal,
Pour ton anniversaire, je t’adresse…
Mon cher Maréchal, je te souhaite une bonne année et une bonne santé… »
Comme tous les Français de ma génération j’ai passé tout au long des quatre années d’occupation allemande le plus clair de mon temps scolaire à écrire des lettres au Maréchal Pétain. C’était obligatoire, c’était amusant, c’était récompensé… généralement par un biscuit vitaminé supplémentaire.
Je crois me rappeler que la meilleure lettre de la classe était seule expédiée au Maréchal, les autres étant notées comme devoir de français.
D’octobre à juillet, notre tube était Maréchal, nous voilà régulièrement classé à la première place de notre hit-parade :
« Maréchal, nous voilà !
Devant toi le Sauveur de la France,
Nous jurons, nous tes gars,
D’obéir et de suivre tes pas.
Maréchal, nous voilà !
Tu nous as redonnée l’espérance,
La Patrie renaîtra,
Maréchal, Maréchal, nous voilà ! »
Depuis vingt ans j’attendais le film réel de la France réelle de l’occupation réelle, le film des Français de la majorité, c’est-à-dire de ceux qui ne se sont frottés ni à la collaboration ni à la Résistance, ceux qui n’ont rien fait, ni en bien ni en mal, ceux qui ont attendu en survivant, comme des personnages de Beckett *. À comparer notre hexagone à un jeu d’échecs, le cinéma nous donnait toujours le point de vue de la Tour ou du Fou, jamais celui des pions. Récemment, Paris brûle-t-il tentait de nous faire prendre des minets pour des badernes et le film n’amusa que quelques veuves de généraux. Aujourd’hui voilà le premier film de Claude Berri, Le Vieil homme et l’enfant et nous comprenons que nous ne perdions rien pour attendre.
Je ne suis plus critique cinématographique et je sais bien qu’il est présomptueux d’écrire sur un film qu’on a vu seulement trois fois mais il s’agit d’une avant-première, d’une impression, d’un plaisir à partager.
Au moment de l’occupation de la « Zone libre » un petit garçon juif est placé sous un faux nom chez un ouvrier retraité (Michel Simon) aux environs de Grenoble, farouchement, obstinément et imperturbablement antisémite.
Le film est une chronique du séjour de ce jeune Langmann devenu le jeune Longuet, dans ce village, à l’école (« Parisien tête de chien, parigot tête de veau ») et chez le vieux qui le prend comme confident : « Les ennemis de la France, tu peux pas te tromper, ils sont quatre : les Anglais, les Juifs, les francs-maçons et les bolchéviques ».
Il y avait plusieurs façons de conduire le film, il pouvait devenir plaintif à la De Sica, démonstratif à la Cayatte, pseudo-poétique à la Bourguignon – dans les trois cas c’eût été odieux – au lieu de quoi il est devenu vivant et rigolard, filmé dans un esprit dégagé d’a-priorismes, le film d’une intelligence libre, constamment méfiant à l’égard de tous les humanismes, c’est-à-dire un film abhumaniste comme l’aurait déclaré Jean Audiberti qui nous manque chaque jour davantage.
François Truffaut
(1967)
Les Films de ma vie / 1975
Texte intégral à télécharger ici :
fichier pdf Le Vieil homme et l’enfant
* Précisons toutefois que Beckett a été un des rares intellectuels à s’engager concrètement et activement dans la Résistance (note de la Vie est belle).

à voir : un entretien avec Claude Berri / INA / 1967
Image de prévisualisation YouTube
Claude Berri
Le Vieil homme et l’enfant / 1966

Fiche détaillée Wikipédia

Le Vieil homme et l'enfant




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