samedi 13 janvier : Les Petites Marguerites / Věra Chytilová

Marie I (Jitka Cerhová) et Marie II (Ivana Karbanová), deux amies et colocataires praguoises qui s’ennuient ferme, cherchent à se distraire dans la Tchécoslovaquie sclérosée du milieu des années 60. Marie I a un penchant pour les hommes âgés, Marie II pour la bonne chère. Elles conjuguent ces deux petits vices dans des rencards au restaurant où l’une se remplit la panse pendant que l’autre se laisse conter fleurette par un prétendant, avant de le décourager à force de comportement odieux. Toutes deux découvrent l’exaltation dans les coups d’éclat et ne vivent plus qu’à cette seule fin : foutre un joyeux bordel dès que l’occasion s’en présente.
Glande éhontée, grimaces, déguisements, fardages, bataille de bouffe (la scène qui scandalisera le régime), entartage, singerie d’un fox-trot dans un club huppé, exploitation de vieillards sentimentaux et/ou libidineux, mise en langueur sadique d’un amoureux transi par une Marie I rebaptisée en Juliette pour l’occasion et qui n’entend pas se laisser épingler au mur tels ses papillons, mimes de castration à base de ciseaux et divers fruits et légumes. En plus genré et politisé, Les Petites Marguerites joue d’un burlesque du scandale façon Marx Brothers ou Curb Your Enthusiasm, où l’anticonformisme dévoile l’arbitraire des conventions. Tout y passe et c’est le drame quand il n’advient pas : « Il n’a même pas eu la décence de nous engueuler », fait remarquer l’une d’entre elles en référence au jardinier indifférent à leur passage sur ses plates-bandes. Dans une scansion anti-romantique, désordonnée, Marie I et II vont contre le productivisme, le patriarcat, les « bons » de toutes sortes (goûts, sentiments). Le non-lieu oisif qu’elles occupent dans la société civile leur permet de prendre un ascenseur métaphorique du haut au bas de leur culture (d’un concert classique aux coulisses d’un abattoir). Mais cette négation en bloc d’une communauté qui les renie est elle-même autodestructrice : Marie I et II, indifférenciées, autorisées à rien, s’avouent n’être même pas sûres d’exister, sinon par des actes officiels de régie et de passeport.
LE film porte-étendard du Printemps de Prague ou la voie royale vers l’esprit joyeux et tourmenté d’une génération libertaire. Věra (prononcer Viêra) Chytilová, occupe une place aussi centrale que marginale dans le cinéma tchèque. Féministe, anti-autoritaire, son cinéma lui vaudra maille avec le gouvernement, qui lui imposera une interdiction de tourner de six ans durant la « Normalisation ».
Loin de s’en tenir au tract libertaire, Les Petites Marguerites se mue en une critique impitoyable du consumérisme (un rapport à la bouffe en remplacement de partenaires sexuels pour le moins malsain qui culmine dans un obscène gaspillage), d’un anticommunisme générationnel guetté par le risque de ne se résumer qu’à un accès facilité aux biens de consommation offerts par l’Ouest.

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Věra Chytilová
Les Petites Marguerites / 1966

Fiche détaillée Wikipédia

samedi 13 janvier 18h
Maison de quartier Gérard Rinçon
30 rue Ernest Savart – Montreuil

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D 2

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