samedi 5 mai : Anomalisa / Duke Johnson & Charlie Kaufman

La deuxième réalisation de Charlie Kaufman est un film d’animation – cosigné par un spécialiste du genre, Duke Johnson – mais reste dans la droite ligne des scénarios (pour Gondry et Jonze) qui lui ont valu sa réputation d’explorateur de la psyché humaine, de virtuose des paradoxes de la perception ou de comportementaliste sentimental.
Le couple subjectivité/objectivité est au cœur d’Anomalisa, contraction du mot “anomalie” et du prénom Lisa, héroïne de l’histoire. C’est aussi une quasi anagramme de Mona Lisa, dont les traits doux et énigmatiques des personnages extérieurs au héros pourraient s’inspirer. On dit “personnages extérieurs”, car ici Kaufman rejoint un peu son ancien comparse Spike Jonze qui, dans Her, explorait déjà l’interaction avec le monde extérieur (virtuel) d’un homme englué dans son moi profond.
Si en surface les prémices d’Anomalisa sont hyperréalistes – la soirée banale dans un hôtel d’un expert en relation clientèle venu donné une conférence à Cincinnati –, c’est avant tout une réflexion sur l’altérité et la solitude, examinés à travers le prisme de la relation amoureuse. Cette altérité est évidemment rendue plus explicite par les figurines à la fois stylisées et ressemblantes, à la fois synthétiques (en silicone) et humaines, qui peuplent le film.
Le parti pris principal étant qu’en dehors de Michael Stone, tous les hommes, femmes et enfants ont le même visage et la même voix masculine (interprétée par Tom Noonan). Cela illustre un authentique trouble psychiatrique nommé “syndrome de Fregoli”, selon lequel on imagine être persécuté par une même personne prenant diverses apparences. D’où le nom du lieu principal de l’histoire : le Fregoli Hotel.
Mais dans ce monde infernal de clones, le visage différent et surtout la voix douce et féminine de Lisa vont déchirer le brouillard du spleen de Michael. Cette jeune femme timide et complexée est une oasis dans son désert existentiel.
L’expressionnisme du film traduit comme souvent chez Kaufman un paradoxe psychologique : la perception déformée de Michael, que la stylisation de l’animation rend plus explicite. L’aspect des personnages est lui-même assez singulier : au lieu d’être entièrement lisses, leurs visages présentent des démarcations nettes faisant penser à des masques.
Ces masques ou marques d’expression expriment aussi le désir de ne pas gommer la nature artificielle du film, qui se veut moins hyperréaliste dans sa facture que dans certaines situations de la vie quotidienne, d’une rare précision. Exemple : Michael relève la lunette des toilettes d’un coup de pied ; Lisa s’allonge sur le lit en se cognant légèrement la nuque contre la tête de lit – ce dont elle et Michael s’amusent. Le genre de détails triviaux presque toujours éludés dans le cinéma en images réelles, où tout est en général raccourci et simplifié.
À cet égard, la scène d’amour entre Michael et Lisa – dont la réalisation aurait demandé six mois de travail – est un bijou inconnu dans le cinéma ordinaire, où la coucherie, hyperstylisée, se résume souvent à un coït bestial ponctuant mécaniquement une première rencontre amoureuse. Michael et Lisa couchent aussi ensemble dès le premier soir, mais là, on est dans l’infinitésimal, l’ultrasensible. Les charmantes précautions de Michael avec la tremblante Lisa, archétype de la vieille fille d’antan, sont désarmantes. Ce n’est pas romantique, c’est vrai ! Certes, l’amour est ici un épiphénomène, car les démons de Michael l’emportent presque toujours sur le reste.
Relativisant l’importance des séquences sensuelles, les problèmes de perception du héros envahissent le récit – voir la longue digression du cauchemar kafkaïen. Mais c’est justement la tension permanente entre enfer psychique et humanité ordinaire qui rend le film si prenant.
Par l’entremise d’un quinquagénaire bougon et misanthrope, Kaufman retrouve de façon détournée le romantisme malade d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, son chef-d’œuvre scénaristique, mis en scène par Michel Gondry. L’amour et la folie. Vincent Ostria / Les Inrocks

Image de prévisualisation YouTube
Duke Johnson & Charlie Kaufman
Anomalisa / 2015
Avec les voix de Tom Noonan, Jennifer Jason Leigh et David Thewlis

Fiche détaillée Wikipédia

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