samedi 6 février : La Nuit du chasseur / Charles Laughton

Réalisé en 1955, La Nuit du chasseur fut le seul film de l’acteur anglais Charles Laughton. Échec commercial, peu commenté par les critiques de l’époque, ce premier film fit peu à peu parler de lui au fil des années pour finalement devenir ce qu’il est aujourd’hui : un chef d’œuvre incontournable et bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sous son apparente féerie, ce conte adapté du roman de Davis Grubb est d’une noirceur rarement égalée.
Juste avant d’être arrêté par la police et condamné à la potence, Ben Harper confie à son très jeune fils, John, le butin de son braquage. Caché dans le ventre de la poupée de la petite sœur, Pearl, la somme d’argent va susciter la convoitise d’un compagnon de cellule, le révérend Harry Powell. Sitôt libéré, ce dernier va rechercher la petite famille, épouser la veuve Harper et tenter de mettre la main sur cet argent que John et Pearl gardent à l’insu de tout le monde. Après le meurtre de leur mère, les deux jeunes enfants s’enfuient par la rivière. Un peu plus en aval, ils sont recueillis par une femme forte et indépendante qui les protège envers et contre tout.
Filmé du point de vue du petit John Harper, La Nuit du chasseur est une œuvre forte sur la fin de cette innocence qui caractérise – souvent à tort selon Freud – les années de l’enfance. John, même pas dix ans, est contraint par les événements d’agir en adulte car ces mêmes adultes qui peuplent l’univers de Laughton sont totalement défaillants, voire démoniaques. Bien sûr, plusieurs lectures du film sont possibles et c’est ce qui fait généralement la force des films de l’Âge d’or d’Hollywood où la censure exerçait une pression à ce point importante, que les réalisateurs devaient user de stratagèmes ingénieux pour évoquer un sujet alors considéré comme tabou. Car dans La Nuit du chasseur, l’argent revêt surtout une symbolique sexuelle complexe qui lie fatalement l’enfant à la figure du père. Le traumatisme et le cauchemar des enfants Harper, c’est avant tout l’ombre du pédophile, du violeur (le révérend Harry Powell) qui menace continuellement de tuer leur innocence d’un coup de phallus tranchant. La morbidité à laquelle sont violemment exposés les enfants – première scène traumatique du film – est parfaitement illustrée dans l’une des premières scènes du film commentées par Lillian Gish où l’on voit un jeune groupe jouer à cache-cache et finalement découvrir le corps inerte d’une jeune femme.
Clément Graminiès / Critikat
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Charles Laughton
La Nuit du chasseur / 1955

Présentation par Jean Douchet ICI

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Sans titre

samedi 9 janvier : La Fée / Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy

Voici la troisième comédie du trio de clowns franco-belge, Abel, Gordon, Romy. Ceux qui ont vu L’Iceberg (2006) et Rumba (2008), leurs précédentes fantaisies burlesques poétiques, où rôdaient déjà les fantômes de Tati et Keaton, ne seront pas dépaysés, ni déçus. La nouveauté vient surtout de la ville portuaire, ses docks et ses rues géométriques imaginées par l’architecte Auguste Perret, un décor de cinéma grandeur nature que les auteurs de La Fée exploitent à merveille. Comme Rohmer avait si bien su associer les atermoiements des jeunes filles en fleurs avec le dédale des villes nouvelles (Cergy-Pontoise dans L’Ami de mon amie), le trio utilise la beauté cachée du Havre comme terrain de jeu de leurs cascades corporelles : acteurs très physiques, Abel et Gordon s’amusent à triturer dans tous les sens leurs longs corps minces et élastiques, souvent dénudés.
Veilleur de nuit dans un hôtel miteux, Dominique Abel, grand dadais maladivement timide, reçoit la visite d’une fée rousse et dégingandée (Fiona Gordon) qui promet d’exaucer trois de ses vœux. Les deux premiers seront concrets : un scooter et l’essence gratuite à vie. Il sèche pour le troisième. Alors, elle lui dit « prends ton temps » comme on dit « je t’aime », pour retarder le moment de leur séparation. Cette histoire d’amour f(l)ou s’accompagne d’un festival de gags muets et absurdes où l’on croise un serveur myope comme une taupe, une équipe de rugbywomen en état d’ivresse, des clandestins africains prêts à franchir la Manche dans une voiture sans moteur. Sans oublier un touriste britannique qui essaie par tous les moyens d’incruster son fox-terrier dans sa chambre d’hôtel, allant jusqu’à dissimuler l’animal dans une boîte… qui se met à marcher !
La caméra bouge peu, chaque plan-séquence est composé au millimètre. Avec un sens de la dérision permanent. Nostalgiques de l’âge d’or du « slapstick », d’un cinéma qui savait déclencher, en une simple dégringolade, le rire et les larmes, ces néo-Laurel et Hardy se révèlent des as du dérapage contrôlé, mélancolie incluse.
Jérémie Couston / Télérama

http://www.dailymotion.com/video/xim8mh

Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
La Fée / 2011

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la fee

samedi 5 décembre : The Blues Brothers / John Landis

Jake et Elwood Blues veulent reformer leur groupe de rhythm’n'blues et donner des concerts afin de gagner les 5000 dollars nécessaires à la survie de l’orphelinat de leur enfance, menacé de fermeture par le fisc. Leur projet s’annonce difficile à réaliser. Poursuivis par la police, une bande de néonazis, des musiciens et une femme mystérieuse, animée d’une rancune tenace, les Blues Brothers se trouvent mêlés à des aventures plus rocambolesques les unes que les autres. Grâce à leurs facéties, ils parviennent toujours à s’en sortir sans trop de problèmes. Mais les catastrophes pleuvent de tous côtés et les voilà bientôt submergés par les événements qui s’accumulent…
Comment réunir 5 000 dollars pour sauver l’orphelinat de son enfance quand on a tous les flics du coin aux trousses, plus quelques truands et une harpie déchaînée ? Sapés comme des croque-morts, fous du volant et de la soul, les frères Blues, Jake le rondouillard et Elwood l’échalas, sèment panique et musique à travers les rues de Chicago pour reconstituer leur orchestre d’antan et organiser un lucratif concert.
Cascades et rythm’n'blues : John Landis convoque le gratin de la musique afro-américaine pour un boeuf exceptionnel et endiablé. James Brown, Aretha Franklin, Cab Calloway, John Lee Hooker apportent leur mélodieuse contribution à ce réjouissant feu d’artifice. Potaches survitaminés, Dan Aykroyd et le regretté John Belushi, vedettes du Saturday night live, show télé comique dont raffolaient les Américains dans les années 1970, ont définitivement popularisé leurs lunettes noires et leur humour parodique. Un film à voir et à revoir, sans se lasser, comme on écoute encore et encore un bon disque de la Motown. Cécile Mury / Telerama
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John Landis
The Blues Brothers / 1980

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