samedi 6 mai : Land and Freedom / Ken Loach

Au printemps 1936, David, un jeune chômeur anglais, quitte Liverpool et sa fiancée pour s’engager dans les rangs des Brigades internationales, aux côtés des républicains espagnols. Il est intégré dans une section qui lutte pied à pied en Aragon. Très vite, il est fasciné par une combattante, Blanca, la petite amie du meilleur soldat de la troupe, Coogan, un Irlandais, ancien militant de l’IRA. A la suite d’une erreur de David, Coogan est tué. Blessé et renvoyé à Barcelone, David assiste aux déchirements politiques qui minent le camp républicain. Les anarchistes sont désarmés, traqués, et David est incorporé dans la nouvelle armée populaire…

Si Ken Loach n’existait pas, il faudrait l’inventer. Comme il existe, il s’agit de l’aimer comme un être rare. De le protéger comme une espèce en voie de disparition. Car c’est exactement ce qu’il est, avec sa foi politique intacte. Sa fidélité à un idéal de vie oublié. Son obstination à filmer les humiliés et les offensés pour mieux dénoncer tous ceux qui humilient et offensent. David (Ian Hart), le héros de Land and Freedom, est chômeur dans les années 30. Un personnage comme Ken Loach les aime : simple, presque simplet par moments, mais poussé par une conviction soudain révélée et, dès lors, inébranlable. C’est par idéalisme qu’il s’engage, en 1936, aux côtés des forces républicaines. Et c’est un peu par hasard qu’il rejoint le Poum, un petit groupe bien décidé à imposer la révolution active comme antidote au fascisme menaçant. Mais Staline ne l’entend pas de cette oreille. Le Petit Père des peuples a besoin de respectabilité et redoute que ces thèses extrémistes effraient les grandes puissances. Il s’agit donc d’isoler puis d’éliminer les milices du Poum. Il va y réussir très bien, les accusant, d’abord, d’être des traîtres trotskistes, puis, carrément, des agents de Franco. Ecœurés, les militants du Poum rendront les armes et rentreront dans le rang. Ou se feront tuer. Land and Freedom n’est donc ni un film de guerre ni un film politique traditionnel. On n’y voit pas des soldats monter à l’assaut de positions ennemies en criant des hourras enthousiastes. Et la guerre civile espagnole, elle-même, n’intéresse Loach que parce qu’elle symbolise une époque où de pauvres gens, comme David, étaient prêts à mourir pour une certaine idée de la vie. C’est l’honneur qui passionne Loach. Et la façon dont il est trahi, bafoué, floué par l’ordre moral, social ou politique. En dépit de toutes les preuves que lui a fournies l’Histoire et des coups sur la gueule qu’il a reçus comme les autres, il continue à y croire, lui, aux lendemains qui chantent. Et ce qu’il affirme, dans Land and Freedom, avec une sorte de grâce intense, désarmante et, en un sens, fabuleuse, c’est que seule l’utopie justifie la vie. Pierre Murat / Télérama

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Ken Loach
Land and Freedom / 1995

Fiche détaillée Wikipédia

Land and freedom

Bonus :

Libertarias / Vicente Aranda / 1996
Fiche Wikipédia

Hommage à la Catalogne / George Orwell

samedi 1er avril : Ascenseur pour l’échafaud / Louis Malle

Épouse d’un riche marchand d’armes, Florence Carala (Jeanne Moreau) a rendez-vous avec son amant Julien Tavernier (Maurice Ronet). Celui-ci vient d’assassiner son patron, le mari de Florence, et de maquiller le meurtre en suicide. Le crime semble parfait. Mais un grain de sable vient gripper l’impeccable machine : ayant oublié un détail compromettant, Julien doit revenir sur les lieux… et reste bloqué dans l’ascenseur, tandis que Louis (Georges Poujouly), le petit ami de la fleuriste du coin, lui vole sa voiture ! Florence, elle, croit que son amant l’a trahie et s’enfonce dans le Paris nocturne des bars…
Le va-et-vient entre les trois décors distincts (le huis-clos de l’ascenseur, la recherche sous la pluie et l’excursion sanglante à Trappes) est agencé avec une fluidité qui n’oublie jamais chaque petite pièce du puzzle. La progression du traquenard où sont pris les personnages est pourtant d’une confondante simplicité, comme s’il ne servait à rien de courir puisque le mauvais sort allait de toute façon s’abattre sur eux. Leur détresse apparaît d’autant plus grande, sous le regard indifférent des tiers observateurs (Jean-Claude Brialy, Lino Ventura, Charles Denner), sans états d’âme face à la panique grandissante de ces Roméo et Juliette de bazar. Une implacable tragédie en somme.
Ascenseur pour l’échafaud donne la réplique à un nouveau langage filmique : celui de la Nouvelle Vague qui vient juste d’éclore. De cette forme-écriture, à la fois crue et sophistiquée, Jeanne Moreau, à fleur de peau, qui soutiendrait à elle seule le récit à trois actions parallèles, et la musique de Miles Davis, sommet du jazz (et de sa fusion pourrait-on dire, avec le film noir) sont les formidables et inoubliables protagonistes.

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Louis Malle
Ascenseur pour l’échafaud / 1958

Fiche détaillée Wikipédia

Ascenseur pour l'echafaud

samedi 4 mars : Under the Skin / Jonathan Glazer

« Rarement une œuvre aura retranscrit avec une telle acuité la sensation d’être étranger à son corps. » / Mad Movies
Présenter Under the Skin, sans trahir ni déflorer, se fait, peut-être, au prix d’un pari. Un pari, c’est par définition, douteux, hasardeux, incertain. Risqué.
Risquons, donc, ici, le pari d’une chronique paradoxale : celle qui parviendrait, en funambule, à en dire le moins possible, mais aussi suffisamment, pour, précisément, laisser ensuite le film opérer dans toutes ses strates.
Film imposteur-imposture, Under the Skin fait effraction ; à la limite de l’escroquerie (avec l’ironie – noire – d’un art, contemporain en diable !) le voici qui se présente avec la prétention – on pourrait presque dire, le laissez-passer – d’un genre : ici, celui de la science-fiction. Résumons : « Une entité extraterrestre arrive sur Terre, et, sous l’apparence d’une femme, séduit des hommes, les « enlève » [bien que volontaires], et les fait disparaître… ». Si l’on s’en tient là, on pourrait dire, tout simplement : bof.
L’ « histoire », ainsi réduite à ce squelette, ne révèle / absolument / rien. Tel un trou noir – peut-être celui de la première image du film ?! – elle garde jalousement secrets les infinis, mondes parallèles, univers multiples, plurivers, multivers, de ses plis et replis. Pire : si l’on s’en tient là, on pourrait bien se tromper de film. Et « tout le monde » – fanatiques du genre comme rétifs – s’en trouverait alors « évidemment » exclu.
Or, justement, Jonathan Glazer ne cesse de faire le pied-de-nez aux évidences, et de se jouer des codes et des genres (Sexy Beast / 2000 : le polar ; Birth / 2004 : le fantastique). En cinéaste rare et « artisanal », il s’en saisit, et, à chaque fois, en brouille les cartes : dénaturer/pervertir/excéder les codes. Car Under the Skin est bien « évidemment » (ce qui, évidemment, n’a rien d’évident) un vrai-faux film de SF. Il excède le genre, tout en endossant avec audace, culot et talent, ses références séminales, tant philosophiques qu’esthétiques, de Body Snatchers à Kubrick.
SF, road-movie, serial-killer, clin d’œil cinéphile en jeu-tension sur le glamour de la star-personne-personnage « incarné-e/désincarné-e » (c’est le cas de le dire, mais ne dévoilons pas) : tout y passe, ou presque. Mais l’objet n’est pas seulement, et heureusement, une mise en abyme nombriliste du cinéma sur lui-même. L’œuvre est ouverte, et sa machine : folle. Machine folle, la musique, envoûtante ; le rythme du montage, hypnotique (et vice-versa) ; le parti-pris des effets spéciaux et des conditions de tournage (n’en disons pas davantage à ce sujet) ; et, bien sûr, last but not least, la présence (bien, bien bien au-delà, d’une prestation) de la formidable Scarlett Johansson : tout concourt à faire d’Under the Skin – à la condition de rencontrer le laisser-aller, le laissez-passer, le lâcher-prise indispensable et nécessaire – un grand, un très grand film. La traversée d’une expérience.
Marco Candore

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Jonathan Glazer
Under the Skin / 2013

Under the skin

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