samedi 12 mars : Ceci n’est pas un film / Jafar Panahi

Comment, quand on est réalisateur, faire un film depuis son appartement, sans caméra, sans chef opérateur, sans preneur de son, sans… rien ? En vivant en Iran, interdit d’exercer son métier. En livrant à la petite caméra DV d’un ami, autre réalisateur, sa frustration. Et en la tournant naturellement en force créatrice. Parce qu’il a ça dans le sang, Jafar Panahi. Finalement, de ces bouts de rien travaillés par un montage haletant, Panahi et Mirtahmasb livrent un objet filmique inattendu, qui n’est rien d’autre que tout ce qu’on attend du cinéma.
Face caméra, un homme d’une cinquantaine d’année, pas très bien réveillé, prend son petit déjeuner. La bande-son égrène le craquement du pain, la cuiller contre le pot de miel, la sonnerie du mobile. Mais l’homme ne peut pas parler au téléphone. Il dit à son interlocuteur : « À propos de ce que tu sais… Bon, tu ne peux pas passer plutôt à la maison pour en parler ? »
Cet homme, c’est Jafar Panahi, sans doute, avec Abbas Kiarostami, le cinéaste iranien vivant le plus important. (…)
Vacillant entre moments de frustration et de désespoir de Panahi et scènes d’exacerbation de la créativité, Ceci n’est pas un film est le cri de rage d’un cinéaste empêché. Ceci est la force, l’angoisse et la beauté d’un geste cinématographique hors cadre. Ceci est tout un monde dans un objet filmique inattendu. « Un film n’est jamais ce qu’on raconte, mais ce qu’on réalise. » Précisément. Jafar Panahi a réalisé Ceci n’est pas un film, et ceci est un film. Et un grand.
Critikat / Sarah Elkaïm / Ici l’article intégral
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Jafar Panahi
Ceci n’est pas un film / 2011

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aff panahi

samedi 6 février : La Nuit du chasseur / Charles Laughton

Réalisé en 1955, La Nuit du chasseur fut le seul film de l’acteur anglais Charles Laughton. Échec commercial, peu commenté par les critiques de l’époque, ce premier film fit peu à peu parler de lui au fil des années pour finalement devenir ce qu’il est aujourd’hui : un chef d’œuvre incontournable et bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sous son apparente féerie, ce conte adapté du roman de Davis Grubb est d’une noirceur rarement égalée.
Juste avant d’être arrêté par la police et condamné à la potence, Ben Harper confie à son très jeune fils, John, le butin de son braquage. Caché dans le ventre de la poupée de la petite sœur, Pearl, la somme d’argent va susciter la convoitise d’un compagnon de cellule, le révérend Harry Powell. Sitôt libéré, ce dernier va rechercher la petite famille, épouser la veuve Harper et tenter de mettre la main sur cet argent que John et Pearl gardent à l’insu de tout le monde. Après le meurtre de leur mère, les deux jeunes enfants s’enfuient par la rivière. Un peu plus en aval, ils sont recueillis par une femme forte et indépendante qui les protège envers et contre tout.
Filmé du point de vue du petit John Harper, La Nuit du chasseur est une œuvre forte sur la fin de cette innocence qui caractérise – souvent à tort selon Freud – les années de l’enfance. John, même pas dix ans, est contraint par les événements d’agir en adulte car ces mêmes adultes qui peuplent l’univers de Laughton sont totalement défaillants, voire démoniaques. Bien sûr, plusieurs lectures du film sont possibles et c’est ce qui fait généralement la force des films de l’Âge d’or d’Hollywood où la censure exerçait une pression à ce point importante, que les réalisateurs devaient user de stratagèmes ingénieux pour évoquer un sujet alors considéré comme tabou. Car dans La Nuit du chasseur, l’argent revêt surtout une symbolique sexuelle complexe qui lie fatalement l’enfant à la figure du père. Le traumatisme et le cauchemar des enfants Harper, c’est avant tout l’ombre du pédophile, du violeur (le révérend Harry Powell) qui menace continuellement de tuer leur innocence d’un coup de phallus tranchant. La morbidité à laquelle sont violemment exposés les enfants – première scène traumatique du film – est parfaitement illustrée dans l’une des premières scènes du film commentées par Lillian Gish où l’on voit un jeune groupe jouer à cache-cache et finalement découvrir le corps inerte d’une jeune femme.
Clément Graminiès / Critikat
Article intégral ICI
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Charles Laughton
La Nuit du chasseur / 1955

Présentation par Jean Douchet ICI

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Sans titre

samedi 9 janvier : La Fée / Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy

Voici la troisième comédie du trio de clowns franco-belge, Abel, Gordon, Romy. Ceux qui ont vu L’Iceberg (2006) et Rumba (2008), leurs précédentes fantaisies burlesques poétiques, où rôdaient déjà les fantômes de Tati et Keaton, ne seront pas dépaysés, ni déçus. La nouveauté vient surtout de la ville portuaire, ses docks et ses rues géométriques imaginées par l’architecte Auguste Perret, un décor de cinéma grandeur nature que les auteurs de La Fée exploitent à merveille. Comme Rohmer avait si bien su associer les atermoiements des jeunes filles en fleurs avec le dédale des villes nouvelles (Cergy-Pontoise dans L’Ami de mon amie), le trio utilise la beauté cachée du Havre comme terrain de jeu de leurs cascades corporelles : acteurs très physiques, Abel et Gordon s’amusent à triturer dans tous les sens leurs longs corps minces et élastiques, souvent dénudés.
Veilleur de nuit dans un hôtel miteux, Dominique Abel, grand dadais maladivement timide, reçoit la visite d’une fée rousse et dégingandée (Fiona Gordon) qui promet d’exaucer trois de ses vœux. Les deux premiers seront concrets : un scooter et l’essence gratuite à vie. Il sèche pour le troisième. Alors, elle lui dit « prends ton temps » comme on dit « je t’aime », pour retarder le moment de leur séparation. Cette histoire d’amour f(l)ou s’accompagne d’un festival de gags muets et absurdes où l’on croise un serveur myope comme une taupe, une équipe de rugbywomen en état d’ivresse, des clandestins africains prêts à franchir la Manche dans une voiture sans moteur. Sans oublier un touriste britannique qui essaie par tous les moyens d’incruster son fox-terrier dans sa chambre d’hôtel, allant jusqu’à dissimuler l’animal dans une boîte… qui se met à marcher !
La caméra bouge peu, chaque plan-séquence est composé au millimètre. Avec un sens de la dérision permanent. Nostalgiques de l’âge d’or du « slapstick », d’un cinéma qui savait déclencher, en une simple dégringolade, le rire et les larmes, ces néo-Laurel et Hardy se révèlent des as du dérapage contrôlé, mélancolie incluse.
Jérémie Couston / Télérama

http://www.dailymotion.com/video/xim8mh

Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
La Fée / 2011

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